Plateforme des réseaux de santé et des partenaires

Un réseau national d’acteurs des territoires au service de l’appui aux soins primaires et pour l’amélioration des parcours de santé

Accueil / Communiqués / MAIA : une évaluation qui tourne à l’étude de conformité

MAIA : une évaluation qui tourne à l’étude de conformité

vendredi 22 septembre 2017, par le bureau de l’UNR.Santé

Invitée ainsi que de nombreux autres acteurs, l’UNR.Santé a participé au Comité de Pilotage de l’Évaluation des dispositifs MAIA diligentée par la CNSA.

L’UNR.Santé a relevé à plusieurs reprises, avec d’autres acteurs au sein de ce Comité, les limites sérieuses de la méthodologie choisie, dont les données sont essentiellement recueillies à partir de la perception des pilotes et des porteurs des dispositifs, ne permettant pas de prendre en compte l’avis des principaux bénéficiaires de ces dispositifs, usagers et professionnels de santé de terrain et en particulier professionnels de soins primaires.

De plus, il ne s’agit pas d’une évaluation au sens des recommandations [1] pour évaluer les politiques publiques, qui s’attachent à reconnaitre la pertinence, la cohérence, l’efficacité, l’efficience, l’impact, et la viabilité des actions mises en œuvre.

Il s’agit d’un audit qui s’assure de la mise en œuvre du projet et du respect des règles et procédures. Aucune conclusion d’évaluation de politique publique n’est donc possible à partir du rapport, ce qui est regrettable.

Au-delà des biais méthodologiques et du fait que le rapport d’évaluation positionne les réseaux de santé de façon totalement erronée par rapport aux missions qui leur sont dévolues par la loi, il ne s’agit pas d’une évaluation de l’utilité ou de l’efficacité de la méthode ou des dispositifs MAIA, mais de l’évaluation de la conformité de mise en œuvre de ces dispositifs au regard du cahier des charges MAIA de la CNSA.

Nonobstant, le rapport d’évaluation fait état de plusieurs difficultés :

  • la problématique d’un modèle théorique confronté aux réalités de terrain, dont la non appropriation de la notion de guichet intégré par de nombreux acteurs
  • la difficulté d’objectivation des bénéfices apportés par la gestion de cas en termes de santé publique, à une échelle nationale, ne serait-ce qu’au regard du nombre de personnes prises en charge
  • le problème posé par la gouvernance en table tactique, qui ne rassemble pratiquement pas de professionnels de soins primaires
  • le conflit d’intérêt et le détournement de moyens liés au portage des dispositifs par des collectivités territoriales quand leur politique de mise en œuvre n’est pas directement au service de la communauté d’acteurs censée être intégrée via ces dispositifs

Par ailleurs, le rapport ne présente aucune analyse à partir de données de terrain, ni des causes des difficultés relevées. Ses recommandations permettent certes de tracer des axes de progrès, mais non de juger des résultats concrets obtenus avec la méthode MAIA ou les dispositifs dédiés.

D’autre part, en terme de neutralité, à aucun moment n’est abordée la résolution de la problématique qui surgit lorsqu’un même acteur est à la fois pilote stratégique de nature institutionnelle et porteur (cas des Départements qui portent près de la moitié des dispositifs), alors même que la création d’une structure ad hoc (groupement ou association) est rappelée comme facilitant cette neutralité. En terme de légitimité institutionnelle, il aurait du être précisé qu’elle relève du pilotage plutôt que du portage du dispositif.

Enfin, le rapport ne relève pas un point déterminant pour la réussite de la méthode : s’appuyer dans les territoires sur les acteurs déjà en place et le travail antérieurement réalisé par ceux-ci, dans la mesure où la légitimité ne se décrète pas mais s’acquiert par et avec les acteurs de proximité.

Ainsi, bien que l’évaluation aborde des questions importantes, elle est avant tout un audit et n’aborde pas les réponses possibles aux questions, ne permettant pas de déterminer si la méthode MAIA et ses dispositifs sont aujourd’hui légitimes au regard de tous les acteurs, ainsi qu’à leur service. Et, si non, pour quelles raisons.

L’ensemble de ces constats questionne quand aux modalités de déploiement des dispositifs MAIA par la CNSA, en total découplage vis-à-vis des attentes et besoins de tous les acteurs de proximité ainsi que des orientations politiques d’autres organismes d’État, dont la Direction Générale de l’Offre de Soins.


Voir en ligne : Rapport d’évaluation des dispositifs MAIA

👍 Réalisé par Santé Solution